Recherche-action: éduquer, agir, rechercher

Recherche-action: éduquer, agir, rechercher

Résumé : Quels bénéfices constatent les organisations qui partagent les bonnes pratiques durables comme un des piliers de leur développement économique? Pour y répondre, le premier programme d’éducation par l’action Jumelage Économique Durable réunit 10 entrepreneurs et leaders en Ontario et au Québec d’avril à décembre 2019. Ils produisent des biens ou des services pour des clients ou des membres, avec de 1 à 15 employés à part une exception. Ils représentent la diversité économique : de l’agro-alimentaire aux services professionnels en passant par la fabrication artisanale de matelas et de produits de traitement de l’eau. Tous recherchent des nouveaux clients ou fournisseurs.

Mots clés : développement économique – bénéfices – circuit court – collaboration

« La recherche pour transformer : la recherche action est un type de recherche d’où un praticien chercheur ou un groupe de praticiens chercheurs, aux prises avec un enjeu concret choisissent d’agir, de chercher et d’éduquer dans le but de soutenir des changements bénéfiques, de contribuer à l’apprentissage et d’améliorer la connaissance dans leur système. » Marie-Hélène Gay PhD, congrès de l’AQPT, janvier 2017, Réveiller le chercheur en soi.

Les acteurs JED par leurs comportements permettent de produire « une recherche action qui répond aux 11 critères scientifiques qui la définit. » Pourtois, Desmet et Tlumsbeeck, 2013). La production d’un savoir valide, crédible, transférable, fiable et de constance interne; le partage du pouvoir dans la recherche action se fait dans le respect de l’autre et l’implication de tous : équilibre, respect des valeurs et des principes démocratiques. Le vouloir agir pour l’amélioration de la pratique professionnelle : authenticité ontologique (existentielle), éducation, faisabilité et appropriation.

L’enjeu concret de tous les entrepreneurs et tous les leaders c’est la pérennité de leur organisation tout en réduisant leur empreinte environnementale, neutre en carbone. Un vrai défi, urgent. Très pressant. Voici les principaux savoirs que la recherche-action a mis en évidence dans les domaines clés des opérations. Énergie : les granules de bois constituent une bonne alternative au fuel. On peut les acheter en vrac (au lieu de sacs en plastique). Elles se stockent en silo. Les interrupteurs individuels économisent l’électricité. Covoiturer davantage réduit l’émission des gaz à effet de serres Eau : la diminution de consommation d’eau se fait au quotidien par l’installation d’aérateurs sur les robinets et par la récupération d’eau destinée au drain. Emballages plastique, des alternatives existent à des prix abordables : papier, carton compostable, biodégradable, suppression de sacs poubelles lorsqu’ils sont destinés uniquement au papier/carton. Papier : suppression ou diminution majeure de la quantité de papier par la numérisation des documents et des processus, en réduisant les impressions et en les partageant plus entre plusieurs personnes et enfin les Assemblées Générales sans papier! Pour noël un des membres réutilise les journaux et publicités papier pour emballer ses paniers cadeaux. Déchet alimentaire : réduction du gaspillage et des déchets alimentaires par le compostage identifié dans des bacs spécifiques ensuite collectés pour en faire des fertilisants Résidus et déchet de fabrication, des études sont en cours chez plusieurs industriels : l’eau pure osmosée intéresse un autre membre acheteur d’eau pure. Options locales de retraitement de matières naturelles certifiées comme la laine, le coton et le caoutchouc pour être réutilisés plus vite et plus près ou encore récupération de plastique propre pour le transformer puis le revendre localement. Chaque membre JED indique clairement son intention d’opérer sans nuire à l’environnement. Ce qu’ils ont unanimement constaté dès les deux premières étapes : c’est l’engagement de toutes les parties prenantes : employés et partenaires locaux dans ces transformations.

Le circuit court permet de réduire les distances entre les producteurs, les distributeurs et les clients. Il est le fondement de l’économie circulaire et nourrit l’économie locale. Voici les changements constatés dans la pratique professionnelle des entrepreneurs et des leaders membres JED. Changement dans le domaine économique : les membres mettent en avant leurs bons gestes écologiques ou leur politique verte sur leur site web et sur leur lieu de vente pour mieux toucher les clients qui de plus en plus font de l’environnement un des critères d’achat prioritaires. Leur plan d’affaires inclue maintenant un axe durabilité. Ils communiquent plus fermement leurs besoins auprès de leurs fournisseurs. Ils économisent sur leurs frais généraux à date. Localement enfin, ils voient les premiers débouchés pour leurs résidus, comme l’eau pure, le plastique. Changement dans le domaine social : tous les membres ont engagé leurs employés pour commencer, loin des réactions de crainte anticipées par la plupart, le personnel accueille les initiatives écologiques avec enthousiasme. Ils se responsabilisent autant pour continuer à réduire le papier, que la consommation d’eau ou d’emballages, ainsi que dans la meilleure signalisation des poubelles plus nombreuses, limitant les déchets et visant un recyclage beaucoup plus efficace. Le compost est amplifié partout où il existe déjà. Pour les autres… c’est une question de mois. Les partenaires et fournisseurs locaux ou inter-provinciaux sont plus sollicités pour identifier les alternatives au plastique à usage unique (près de 40% du plastique produit dans le monde en 2019). Les solutions de remplacement sont maintenant en place pour les cuillères et gobelet de démonstration. Le Domaine Acer a su convaincre tous les partenaires locaux de réaliser le première rencontre zéro déchet lors de la journée annuelles des professionnels agricoles de sa région – avec près de 1000 visiteurs – La plus récente découverte pour la moitié d’entre eux c’est la collaboration locale qui apporte soutien et bonnes idées de développement qui nourrissent maintenant leurs relations. Le premier jumelage est d’abord local, souligne Naider, Probiosphere. Changement dans le domaine environnemental : La durabilité fait partie intégrante de leur stratégie de développement et de leur vision, chacun dans son secteur respectif. Le circuit court s’intègre dans leurs opérations. Ce qui prend encore du temps c’est de trouver le partenaire ou fournisseur local ou interprovincial proche. Quand il n’existe pas, un des membres décide de créer une activité pour retraiter ses matières premières naturelles. Ou encore d’avoir sa propre unité de transformation de plastique en microbilles dont les débouchés restent à trouver.

Le processus de la recherche action suit naturellement la planification du projet. Voici les étapes majeures pour le Jumelage Économique Durable :

  1. Définition de la question de départ et d’un objectif final : répondre à la question et mesurer ;
  2. Définition de la situation actuelle : fiche individuelle des organisations membres ;
  3. Éducation par trois webinaires et le partage des bonnes pratiques et un plan d’action sur mesure ;
  4. Coaching et accompagnement sur le terrain ;
  5. Parcours en Ontario et au Québec : collaborations concrètes entre professionnels des deux provinces;
  6. Documentation des étapes: tout noter lors des séances de groupe, ou par questionnaire individuel ;
  7. Les six boucles de rétroaction permettent les ajustements du programme ;
  8. La diffusion de la Recherche-Action JED est multi-canal: trousse JED en PowerPoint et portraits.
Discussions professionnelles ciblées

Discussions professionnelles ciblées

Le parcours JED au Québec. Il réunit virtuellement les membres JED et leurs invités dans le Bas-Saint-Laurent. La ferme Sageterre, une des six fiducies sociales agricoles au Québec qui poursuit sa mission éducative et de production depuis près de 20 ans. Le St Hubert dont la bannière est en transition écologique depuis plus de dix ans sur tous les fronts: énergie, compostage, emballages verts, voitures électriques et approvisionnement local. Les Saveurs du Bas-Saint-Laurent prend de nombreuses initiatives vers l’écoresponsabilité. L’office du Tourisme et des Congrès de Rivière-du-Loup et la Région du Bas-St-Laurent. En dévoilant ce qui les a incités à prendre leur virage vert, ils donnent la direction à suivre. « Réaliser un guide sur la préservation de l’eau m’a fait prendre conscience de l’urgence. On y pensait, avec JED on commence. La volonté de l’organisation. Les demandes croissantes des congressistes. La clientèle est conscientisée. La volonté de l’organisation de montrer l’exemple et voir l’érosion des berges, la peur de m’embourgeoiser et la volonté avec ma conjointe, d’avoir une ferme en fiducie sociale agricole. La bannière est très engagée et moi aussi dans mes deux entreprises. La volonté d’innover et de devenir écoresponsable. » Chacun à sa manière est fier de partager leurs petits gestes ou les grands depuis qu’ils ont commencé. Presque 80% sans plastique au travail et à la maison. Moins de papier et inclure une politique verte dans notre plan stratégique 2020. Un compteur à gaz à effet de serres et un partenariat pour planter des arbres en compensation. Lors de chaque tour de ville, les participants plantent un arbre. Suppression des bouteilles d’eau en plastique dans les lieux touristiques. Numériser, apporter des concepts nouveaux en écoresponsabilité et des emballages plus durables en 2020. Notre mission éducative et de production avec le kiosque à la ferme depuis 19 ans et des initiatives éducatives en partenariat avec les écoles, un séminaire annuel sur les bonnes pratiques de l’agriculture écologique. 85% d’approvisionnement est local, les voitures et les bornes électriques, 80% des enseignes compostent, les emballages à emporter sont recyclables ou compostables, de nombreux restaurants passent à la géothermie…

En conclusion, les membres JED et leurs invités, ravis de cette première discussion locale et interprovinciale sont bien décidés à amplifier les partenariats locaux, rapprocher les promoteurs des acteurs pour le meilleur avenir du tourisme écologique, ajouter le développement durable à leur plan stratégique. Rendre plus visible les bonnes pratiques écologiques existantes arrive en tête de liste des actions communication et marketing sur tous les média-sociaux adaptés. Chaque organisation, grâce à l’expérience partagée par ses pairs voit des manières immédiates de mieux servir ses clients. Localement. Tout de suite. C’est une autre force du Jumelage Économique Durable!

Co-création en action

Co-création en action

C’est le quotidien de l’atelier d’innovation sociale Mauril Bélanger à Ottawa. Fondé en 2018 par l’université St-Paul Il est une directe émanation de la récente chaire sur les transformations sociales. Il est principalement animé par les dynamiques membres des communautés francophones de l’Ontario et cela contribue à sa personnalité entrepreneuriale et sociale marquée et assumée. Il occupe une partie du sous-sol de la bâtisse si réputée. L’espace ouvert est rénové avec du bois récupéré pour réaliser des bureaux individuels ou collectifs. Les tons beiges, dorés clairs et marrons sont propices au calme et à la concentration. Les fenêtres haut placées fournissent une belle lumière naturelle en tout temps, en toute saison. A quelques pas d’ailleurs, la rivière Rideau pour y faire du kayak ou du canoë, l’été. L’hiver le petit parc et les voisins entretiennent une jolie patinoire naturelle entre les arbres. À cinq minutes à pied, le plus ancien restaurant végétarien de la capitale fédérale, le Green Door est un bel exemple d’économie circulaire. L’atelier est un espace de co-travail dont Laurence est membre. Comme le Hub. L’atelier constitue une des fondations de la réussite du Jumelage Économique Durable. Dès son origine, les professeurs soutiennent ce programme ambitieux dans sa nature et son amplitude : réunir un groupe pilote d’entreprises en Ontario et au Québec pour mesurer les impacts du partage de leurs bonnes pratiques écologiques en terme : social, économique et bien sûr environnemental. Philippe Dufort est le professeur qui, malgré un emploi du temps plus que chargé à l’université est toujours disponible pour la recherche action : la structurer au début, la recadrer et la faire avancer. Mais en plus, tout au long de 2019, il a contribué à :

  • Nous instruire et nous donner accès à des ressources pertinentes ;
  • Nous arrêter quand on partait dans une direction éloignée de l’objectif ou de la démarche ;
  • Nous assister et co-animer un atelier d’innovation sociale durant une des étapes JED.

Pour nous tous, cette relation avec le milieu de la recherche universitaire était une autre première. Elle a permis aussi aux membres non familiers avec l’innovation sociale de plonger dans ses démarches participatives en incluant tout aussi facilement nos invités. Allez-voir le portrait de la recherche action!  Cherchez près de chez vous l’espace de co-travail pour nourrir votre projet de développement économique et durable.

Discussions commerciales rentables

Discussions commerciales rentables

Parcours JED sur le terrain en Ontario. Il commence dans la région de Prescott-Russell. En fait, plutôt la veille. Car le trajet Bas- Saint-Laurent – Est Ontario c’est plus de 800 kilomètres fait en covoiturage puis en train jusqu’à Alexandria. À 18 heures, les membres JED québécois Naider, Nathalie, Cindy et Clara descendent du train, reposés, excités et préparés pour cette exploration inédite de quatre jours en terre étrangère bien que voisine de frontière. Quoi de mieux pour célébrer leur arrivée qu’un apéritif improvisé autour du feu en pleine nature, alors que la nuit tombe sans hésiter, ce soir-là. Tous savourent les vins locaux dénichés par Laurence. Les visages sourient et s’éclairent en évoquant toutes les inconnues et toutes les possibilités des rencontres nouvelles qui vont se dérouler dès le lendemain. À 7 heures du matin, tous sont à pied d’œuvre dans le charmant gîte Ô Genet tenu par la Présidente très éco-responsable de l’association Tourisme Prescott-Russell. Les membres JED des deux provinces, accueillent leurs invités : Pascal Billard, expert en économie circulaire et agritourisme, Solair consultants, Maurice Benoît, expert en traitement de l’eau, OCWA et Nicolas de la microbrasserie Tuque de broue. La conférence de presse suscite de nombreuses questions de la part du journaliste Stéphane Bourgeois du Régional, qui par la suite publiera un article sur la richesse éco-responsable et son potentiel de développement local et interprovincial. Le panel de professionnels explore ensuite les spécificités de chaque marché provincial et leurs attentes vis-à-vis de pratiques écologiques plus saines : approvisionnement local, engagement des fournisseurs et des partenaires locaux pour réduire les résidus de production et trouver des alternatives au plastique toxique. La recherche-action fait partie intégrante du programme JED. Elle répond à la question : quels bénéfices constatent les organisations qui partagent leurs bonnes pratiques durables ou écologiques ? Les Eurékas de l’après-midi à l’Atelier d’Innovation Sociale Mauril-Bélanger, Ottawa, 120 minutes et 3 questions ambitieuses : Quelles sont les valeurs d’achats des clients numériques ou en magasin? Quelles sont celles des entrepreneurs ou des distributeurs? Comment mieux y répondre en s’appuyant sur ses meilleures pratiques environnementales? Consultez le portrait Recherche-Action pour en savoir plus. Après l’Est Ontario, direction Toronto où le groupe a passé deux journées de rencontres professionnelles, la visite d’Evergreen Bricks Work et du salon Grocery Innovations Canada – à côté des innovations produits et packaging, presque toutes les dégustations se font encore avec du plastique jetable. Incroyable! Les alternatives compostables et biodégradables existent. Les membres JED les ont trouvées. Au retour, lors d’une dernière jasette à la gare d’Ottawa.

« C’est du long terme, on veut tous plus de clients et mieux les servir, aller voir ailleurs ça aide! Le parcours était tout cuit! Clara et Laurence ont tout fait pour. » Cindy (MaltBroue) et Naider (Probiosphere)

L’est-Ontario

L’est-Ontario

L’Est-Ontario, berceau de LA publishers, pionnier JED en Ontario Comme le territoire compte plus de 30.000 km2 et quelques 1.600.000 habitants, Laurence Pechadre décide de s’installer dans l’est de l’est-Ontario réputé pour son sens de l’entreprenariat et le dynamisme des Franco-Ontariens : dans les régions de Prescott-Russell et de Stormont, Dundas et Glengarry. Au nord, la tumultueuse rivière des Outaouais. Au sud, le majestueux St-Laurent, à l’est la frontière québécoise, au nord-ouest Ottawa. Soyons plus précis sur la géographie. La forêt Larose protégée, mais surtout, à perte de vue, des champs de grandes cultures : grains et céréales principalement destinés à l’export. Heureusement, de nouvelles générations d’agriculteurs donnent à leur ferme une orientation biologique et s’engagent vers des pratiques plus respectueuses de la nature de la terre, des rivières, des bois environnants comme des animaux qu’ils y élèvent en plein air. L’agritourisme est naissant. Les certifications commencent à s’afficher en Anglais et en Français. Dans l’Est Ontario, francophones de tous les horizons : du Canada, des voisins immédiats, de France, d’Europe et du bassin méditerranéen sont les bienvenus comme le sont tous les anglophones du monde entier. L’Est-Ontario incarne le bilinguisme : au travail, à l’école, à la maison et dans les institutions. Le socle de la diversité économique ce sont les petites et moyennes entreprises familiales. En Ontario, la mentalité d’affaires dominante, à ce jour, tient principalement en deux mots : croissance et profitabilité. Croissance : le plus vite possible et à grande échelle. Profitabilité : le maximum de dollars engrangés. Les premiers membres du Jumelage Économique Durable, comme leurs voisins du Québec, ont rejoint l’aventure pour leurs valeurs fortes mais aussi pour identifier des fournisseurs de proximité et améliorer la satisfaction et le bien être des employés.  Christine Bonneau à L’Orignal Packing et Jean Corriveau à Ottawa. Les associations professionnelles comme le Centre de Services à l’Emploi de Prescott-Russell et Tourisme Prescott-Russell prennent le leadership de la Responsabilité Sociétale et Environnementale. Ces adhérents du JED intègrent petit à petit les fondations de l’économie circulaire et du tourisme éco-responsable. L’université St Paul à Ottawa a créé une chaire sur les transformations sociales et l’atelier d’innovation sociale Mauril-Bélanger pour les mettre en pratique. Philippe Dufort, un des professeurs fondateurs de l’atelier accompagne la recherche-action du Jumelage Économique Durable. Il y a un portrait dédié à la recherche-action d’ailleurs, consultez-le. C’est ensemble que les membres JED ont grandi en 2019. Ils se sont soutenus. Ils n’ont pas lâché, malgré le feu roulant de leurs activités. Ils ont découvert chez leurs voisins de lac ou de frontière les bénéfices de nouvelles collaborations.